Heureux au Je ?
09.11.09
Je suis arrivé à ma soirée les yeux rouges, très en retard.
Personne ne doit savoir.
Constat d’échec. Je le ressens si fort. J’ai échoué. Est-ce que ça veut dire que je vais disparaître ? Est-ce que ça veut dire que je vais être ré-enfermé avec les autres ? Et remplacé par quelqu’un d’autre ? Un Nouveau Moi.
Je saigne. Et je le cache.
Il y a quelques jours, dans le métro. Je regardais cette fille. Et je pensais. Et si elle prenait ma place. Si on s’échangeait. Y réussirait-elle ? Réussirait-elle à tout mener, tout gérer ? Est-ce moi qui n’y arrive pas ? Est-ce moi qui merde inlassablement ?
Je saigne beaucoup. Et je me cache.
Je passe mon temps à sourire, à faire le fou, à dire que tout va bien. Mais non tout ne va pas bien. Rien ne va. Et je n’ai toujours pas trouvé à qui ne pas le cacher. Alors je me tais et souris.
Va t’amuser. Profite. Eclate-toi putain. Va vivre ta vie. Fais ce qui te plait, ce que tu as envie. Je ne veux pas que tu finisses comme moi. Et on a raccroché. Tous les deux au bord des larmes. Hospitalisée.
J’ai craqué. Et j’ai pleuré comme je saigne. Abondamment. Et sous la douche, je pensais, que j’aimerais bien un jour pouvoir pleurer tout ce que j’ai à pleurer. Juste pour m’en débarrasser une bonne fois pour toutes. Pour ne plus jamais pleurer en fait.
Est-ce que tu es heureux ? La dernière fois que l’on m’a posé cette question, je n’ai pas répondu. J’ai souris pour faire diversion mais j’étais à deux doigts de craquer. Je n’ai rien dit. Par respect. Par respect pour tous ceux qui n’ont pas tout ce que j’ai.
Oui j’y pense toujours. C’est ce qui m’empêche de me plaindre ou de m’apitoyer. Je pense constamment à ceux qui ont faim, ceux qui dorment dehors, ceux qui n’ont pas de travail, ceux qui n’ont pas d’amis, de famille… Oui avant de dire une connerie, on dit qu’il faut tourner sa langue sept fois dans sa bouche. Moi, avant de répondre à la question “es-tu heureux ?”, j’y réfléchis à sept fois.
Mais aujourd’hui je peux le dire. Oui, aujourd’hui, j’ai plus que réfléchi.
Je ne suis pas heureux.
Pardon.
09.11.09 à 22:10
donc on faisait un sacré bon couple de comédiens à faire semblant d’aller bien hier soir ;
mais faire semblant est souvent indispensable pour pouvoir simplement continuer ;
j’aurais adoré que tu n’aies pas à te cacher avec moi.
16.11.09 à 11:06
Peau Douce, ce n’est hélas pas moi qui choisi à qui je peux m’ouvrir. Et en ce moment, je ressens le besoin de ne rien dire, de tout cacher, à tout le monde.
17.11.09 à 22:42
Ne pensez pas que ceux qui ne jouent pas la comédie ignorent les camouflages. Et quand ils n’ignorent pas les camouflages et qu’ils n’ont pas été élus aux confidences, ils se retrouvent également relégués au rang de comédiens. De peur de heurter. De peur de froisser. Et bêtement ça s’inverse : pour ceux qui ne jouent pas la comédie, ce n’est pas douloureux, mais c’est un pincement. C’est être un ami.
Je sais que ce mot vous effraie.
18.11.09 à 1:03
Tout le monde joue la comédie. A plusieurs niveaux. Ce n’est pas une critique c’est une réalité.
Me concernant, il n’y a pas d’élus aux confidences. Pas celles-ci en tout cas. Et si elles sont livrées ici, c’est justement parce que je ne les partage pas dehors.
18.11.09 à 10:03
Je suis là quand même. Pour toi. Pour Bradshaw. Sait-on jamais.
Et, au passage, je suis encore, toujours, épaté par la grâce qui se dégage de ton écriture.
Zoub.